Le crédit d’impôt recherche (CIR) demeure, en 2026, le principal levier fiscal de soutien à la recherche et développement en France. Pour un dirigeant de PME ou une start-up innovante, le maîtriser peut représenter plusieurs dizaines de milliers d’euros de trésorerie récupérée chaque année. Encore faut-il en comprendre les conditions d’éligibilité, le mode de calcul et les évolutions issues de la loi de finances 2025.
Mis à jour le 25 juin 2026

Qu’est-ce que le crédit d’impôt recherche (CIR) ?
Le crédit d’impôt recherche est un dispositif fiscal qui permet à une entreprise de récupérer 30 % de ses dépenses de recherche et développement (R&D), sous forme de réduction d’impôt ou de remboursement, dans la limite de 100 millions d’euros de dépenses par an. Créé en 1983 et régulièrement réformé, il vise à renforcer la compétitivité des entreprises françaises en allégeant le coût de leurs travaux de recherche.
Le CIR s’impute sur l’impôt sur les sociétés (IS) ou sur le revenu (IR) dû au titre de l’année. Lorsque le crédit dépasse l’impôt, l’excédent est reportable sur les trois années suivantes, puis remboursé. Certaines entreprises (PME au sens européen, jeunes entreprises innovantes, entreprises nouvelles) bénéficient d’un remboursement immédiat.
Voici les principaux paramètres à retenir pour 2026 :
| Paramètre | Valeur 2026 |
|---|---|
| Taux CIR (dépenses ≤ 100 M€) | 30 % |
| Taux CIR (fraction > 100 M€) | 5 % |
| Taux CIR dans les DOM | 50 % |
| Frais de fonctionnement sur dépenses de personnel | 40 % |
| Frais de fonctionnement sur amortissements | 75 % |
| Crédit d’impôt innovation (CII, PME) | 20 %, plafond 400 000 € |
Qui peut bénéficier du CIR en 2026 ?
Le CIR est ouvert à toute entreprise industrielle, commerciale, artisanale ou agricole, quelle que soit sa taille ou sa forme juridique, sous une condition essentielle : être soumise à un régime réel d’imposition (normal ou simplifié), à l’IS ou à l’IR. Les entreprises au régime micro en sont donc exclues.
- Les PME, ETI et grandes entreprises sont éligibles sans distinction de taille.
- Les associations exerçant une activité lucrative soumise à l’impôt peuvent y prétendre.
- Les entreprises exonérées d’impôt (JEI, entreprises nouvelles, ZFU) conservent le bénéfice du CIR.
Le dispositif s’adresse aussi bien à une jeune pousse qui prépare sa levée de fonds en seed qu’à une PME industrielle qui industrialise un nouveau procédé. Selon Bpifrance Création, le CIR reste le premier dispositif de soutien à la R&D du pays.
Quelles activités de R&D sont éligibles ?
Toutes les dépenses ne relèvent pas du CIR : seules les activités qui présentent un caractère de nouveauté et lèvent une incertitude scientifique ou technique sont retenues. L’administration distingue trois catégories, issues du Manuel de Frascati de l’OCDE :
- La recherche fondamentale : travaux théoriques ou expérimentaux visant à acquérir de nouvelles connaissances, sans application immédiate.
- La recherche appliquée : travaux destinés à déterminer les applications possibles des résultats de la recherche fondamentale.
- Le développement expérimental : conception de prototypes ou d’installations pilotes pour créer de nouveaux produits ou procédés, ou améliorer ceux qui existent.
En revanche, les travaux d’ingénierie courante, l’adaptation d’un produit existant ou les démarches commerciales ne sont pas éligibles. C’est sur ce point que se concentrent la plupart des redressements lors d’un contrôle.
Quelles dépenses entrent dans l’assiette du CIR ?
L’assiette du CIR regroupe plusieurs catégories de dépenses, toutes affectées directement aux opérations de R&D :
- Les dépenses de personnel (salaires et charges sociales) des chercheurs et techniciens directement et exclusivement affectés à la recherche.
- Les dotations aux amortissements des biens et bâtiments affectés à la R&D, au prorata de leur utilisation.
- Les dépenses de sous-traitance confiées à des organismes agréés.
- Les frais de fonctionnement calculés forfaitairement (voir plus bas).
La masse salariale constitue le poste le plus important. Si vous envisagez d’embaucher votre premier salarié dédié à la recherche, son temps passé en R&D doit être documenté avec précision (feuilles de temps, fiches de poste).

Comment calculer le montant de votre CIR ?
Le calcul suit une logique simple : on additionne les dépenses éligibles pour obtenir l’assiette, à laquelle on applique le taux de 30 %. Prenons un exemple chiffré.
Une PME engage en 2025 : 200 000 € de salaires de chercheurs, 20 000 € d’amortissements de matériel de R&D et 50 000 € de sous-traitance agréée. Les frais de fonctionnement s’élèvent à 40 % des dépenses de personnel (80 000 €) plus 75 % des amortissements (15 000 €), soit 95 000 €.
L’assiette totale atteint donc 200 000 + 20 000 + 50 000 + 95 000 = 365 000 €. Le CIR s’établit à 30 % de 365 000 €, soit 109 500 €. Cette somme viendra réduire l’impôt dû, ou sera remboursée si l’entreprise est une PME.
Les frais de fonctionnement : ce qui change en 2026
Les frais de fonctionnement sont calculés de façon forfaitaire, sans justificatif. Depuis la loi de finances 2025 (entrée en vigueur le 15 février 2025), leur calcul a été durci : ils correspondent désormais à 40 % des dépenses de personnel (contre 43 % auparavant) et à 75 % des dotations aux amortissements. Cette baisse de trois points réduit mécaniquement le CIR de toutes les entreprises à forte intensité de main-d’œuvre.
La sous-traitance et l’agrément CIR
Les dépenses confiées à un prestataire externe ne sont éligibles que si celui-ci détient un agrément CIR délivré par le ministère chargé de la recherche. Avant de reporter une facture de sous-traitance, exigez systématiquement une copie de la décision d’agrément couvrant l’année civile concernée : un agrément expiré entraîne le rejet pur et simple de la dépense.
Pour les organismes qui souhaitent être agréés au titre de 2026, la première demande doit être déposée entre le 1er janvier et le 31 mars 2026. Une demande tardive ne permet pas de couvrir l’année en cours.
Le cas du jeune docteur : un dispositif en suspens
Le régime « jeune docteur » permettait, pour le premier recrutement d’un titulaire d’un doctorat, de compter le double de sa rémunération dans l’assiette pendant 24 mois. La loi de finances 2025 a supprimé ce dispositif à compter du 15 février 2025.
Bonne nouvelle pour l’écosystème : l’Assemblée nationale a voté son rétablissement dans le cadre du projet de loi de finances 2026. Les salaires et charges seraient retenus à hauteur de 230 % de leur montant réel pendant les deux premières années, à condition de maintenir l’effectif de chercheurs au niveau de l’année précédente. Restez attentif au texte définitif avant de bâtir votre déclaration.
Ce que la loi de finances 2025 a supprimé
Outre la baisse des frais de fonctionnement et la fin (provisoire) du jeune docteur, la réforme a retiré de l’assiette plusieurs postes qui y figuraient :
- les frais de prise et de maintenance des brevets et certificats d’obtention végétale ;
- les dépenses de veille technologique ;
- les frais de défense des brevets.
Ces dépenses, autrefois valorisées, n’ouvrent plus droit au crédit d’impôt. Il convient d’ajuster votre suivi analytique en conséquence pour la campagne 2026.
CIR ou CII : quelle différence pour l’innovation ?
Le crédit d’impôt innovation (CII) complète le CIR pour les PME au sens européen (moins de 250 salariés). Il porte non pas sur la R&D mais sur la conception de prototypes ou d’installations pilotes de produits nouveaux. Son taux est de 20 %, dans la limite de 400 000 € de dépenses par an. Une même dépense ne peut être déclarée qu’une seule fois : soit au CIR, soit au CII.
Comment déclarer le CIR : le formulaire 2069-A-SD
La déclaration s’effectue via le formulaire 2069-A-SD, joint à la liasse fiscale. Pour les dépenses engagées en 2025, la déclaration intervient en mai 2026. Le millésime 2026 du formulaire intègre une nouveauté : une ventilation chronologique des dépenses selon qu’elles ont été engagées avant ou après le 15 février 2025, date d’entrée en vigueur de la réforme.
Les entreprises dont les dépenses de R&D dépassent 100 millions d’euros doivent en outre joindre un état détaillé (annexe 2069-A-1-SD). Vous trouverez les formulaires officiels et leur notice sur Service-Public.fr.

Le remboursement du CIR : délais et conditions
Le CIR s’impute d’abord sur l’impôt. L’excédent éventuel est reportable sur les trois exercices suivants ; au terme de ce délai, le reliquat est remboursé. Toutefois, les PME, les jeunes entreprises innovantes (JEI) et les entreprises nouvelles peuvent demander le remboursement immédiat de leur créance, ce qui constitue un atout de trésorerie majeur dans les premières années d’activité.
Concrètement, une PME qui dégage une créance de CIR supérieure à son impôt peut percevoir le remboursement dès le dépôt de sa déclaration, après instruction par le service des impôts des entreprises (SIE). Le délai constaté oscille généralement entre trois et six mois. Pour les jeunes entreprises en phase d’amorçage, ce flux de trésorerie peut financer une part significative des salaires de l’équipe technique, ce qui en fait un complément précieux aux financements dilutifs.
Sécuriser son CIR face au contrôle fiscal
Le CIR fait l’objet d’une vigilance accrue de l’administration. Pour sécuriser votre dossier, constituez chaque année un dossier technique justificatif décrivant l’état de l’art, les verrous scientifiques levés et les travaux menés. Conservez les feuilles de temps, les fiches de paie et les contrats de sous-traitance. Vous pouvez aussi sécuriser votre éligibilité en amont grâce au rescrit CIR, qui engage l’administration sur la qualification de vos projets.
En pratique, anticipez la documentation tout au long de l’année plutôt qu’au moment de la déclaration : un dossier reconstitué a posteriori est toujours plus fragile. Datez les comptes rendus de réunion, archivez les versions successives de vos prototypes et reliez chaque dépense à un projet identifié. En cas de demande d’information de l’administration, vous disposez d’un délai pour répondre : un dossier déjà structuré fait toute la différence et limite le risque de redressement.
Les erreurs courantes à éviter
- Confondre innovation commerciale et R&D au sens fiscal : seule l’incertitude scientifique compte.
- Reporter une sous-traitance auprès d’un organisme non agréé.
- Négliger le suivi du temps passé par les chercheurs.
- Oublier de déduire les subventions publiques de l’assiette.
- Surévaluer les frais de fonctionnement avec l’ancien taux de 43 %.
Une gestion comptable rigoureuse, par exemple en lien avec votre suivi des cotisations sociales, facilite grandement la constitution du dossier. Pour aller plus loin, le portail economie.gouv.fr recense l’ensemble des obligations déclaratives.
Conclusion
Le crédit d’impôt recherche reste, en 2026, l’un des dispositifs les plus avantageux pour financer l’innovation, malgré le tour de vis opéré par la loi de finances 2025. Bien documenté et correctement calculé, il peut transformer durablement la trésorerie d’une PME innovante. Compte tenu de la technicité du sujet et des contrôles fréquents, l’accompagnement par un conseil spécialisé est souvent un investissement rentable.
Questions fréquentes sur le CIR
Quel est le taux du crédit d’impôt recherche en 2026 ?
Le taux est de 30 % des dépenses de R&D éligibles jusqu’à 100 millions d’euros, puis de 5 % au-delà. Il est porté à 50 % dans les départements d’outre-mer.
Le CIR est-il remboursable ?
Oui. Après imputation sur l’impôt, l’excédent est reportable trois ans puis remboursé. Les PME, JEI et entreprises nouvelles bénéficient d’un remboursement immédiat de leur créance.
Une micro-entreprise peut-elle bénéficier du CIR ?
Non. Le CIR exige d’être imposé selon un régime réel (IS ou IR). Les entreprises au régime micro-fiscal en sont donc exclues.
Le dispositif jeune docteur existe-t-il encore ?
Il a été supprimé le 15 février 2025, mais l’Assemblée nationale a voté son rétablissement (valorisation à 230 %) dans le cadre du projet de loi de finances 2026. Vérifiez le texte définitif.
Comment déclarer le CIR ?
Via le formulaire 2069-A-SD joint à la liasse fiscale, déposé en mai 2026 pour les dépenses engagées en 2025.
Quelle différence entre CIR et CII ?
Le CIR (30 %) finance la R&D de toutes les entreprises ; le CII (20 %, plafond 400 000 €) finance la conception de prototypes de produits nouveaux et ne concerne que les PME.
